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Les conséquences des médias libres comme Wikipédia (Spécial)

Par: Thomas Thibault-Vincent, le 11 octobre 2010 (lu 232 fois)

L’Internet modifie en profondeur nos sociétés modernes. L’arrivée du web 2.0 a permis à plusieurs égards de donner à l’internet la dimension dont elle avait tant besoin soit une meilleure interactivité et un soutien rapide des utilisateurs. En 2006, le magazine Time a souligné l’importance de la collaboration en ligne et l’interaction de millions d’utilisateurs en nous reconnaissant tous comme étant la personnalité de l’année.

Wikipédia, l’un des trois sites cités dans cet article,  fut créé au début de 2001 et est rapidement devenu l’un des sites internet les plus consultés au monde. Chaque jour, environ 1/15 des internautes visitent l’encyclopédie libre en quête d’information. L’outil éditorial derrière une telle réussite, le wiki, est une rupture technologique sans précédent laissant le lecteur prendre à sa guise le rôle de l’auteur. En effet, il est possible à n’importe quel utilisateur de se rendre sur le site web, de créer ou de modifier un article et de le rendre accessible à tous. Comme nos études consistent à trouver des solutions aux niveaux interactifs, nous trouvions intéressant de pouvoir analyser une telle situation, car Wikipédia est un moyen de communication innovateur. Pour la première fois, l’usagée, le lecteur, l’éditeur et l’auteur se trouvent à être une seule et même personne.

Le succès de Wikipédia a dépassé les attentes des spécialistes dans le domaine et même de son fondateur Jimmy Wales. Cette réussite démontre bien que nous assistons à un nouveau phénomène en communication, preuve qu’internet modifie en profondeur nos sociétés modernes. Dans ce contexte, Wikipédia nous force à sortir des paradigmes connus du modèle communicationnel et nous plonge dans l’inconnu. L'utilisation de Wikipédia est devenue si courante qu'il est nécessaire de comprendre les conséquences de cette nouvelle pratique. Afin de saisir les répercussions de l’encyclopédie libre dans l’ère de la mondialisation, nous allons en premier lieu adopter un point de vue critique sur ses effets. Puisque Wikipédia est le résultat de ce que les gens font des médias, nous allons par la suite nous attarder sur une démarche empirique pour finalement nous tourner vers une pratique sémiotique.

Certains professeurs ont tendance à refuser dans leurs travaux toutes les sources venant de Wikipédia. Plusieurs diront sans doute qu’ils n’ont pas tort, car la fiabilité des articles peut facilement être remise en question. À cet effet, la première conséquence des nouveaux médias sociaux est qu’ils peuvent nous transmettre des informations importunes et inexactes. Dans l’une de ses entrevues télévisées, Dominique Wolton tente de nous prévenir des dangers que nous courrons en optant pour des sources gratuites. Celui-ci nous informe que de plus en plus de personnes s’improvisent journalistes. Ainsi, le journalisme authentique se fait de plus en plus rare. Lorsque ce raisonnement est appliqué à notre encyclopédie libre, ses effets se trouvent à être multipliés. Tout comme notre reporter amateur, l’utilisateur de Wikipédia risque de transmettre de l’information selon ses préférences ou selon ce qui est à la mode au moment de la rédaction. En analysant le contenu de Wikipédia, nous pouvons d’ailleurs remarquer qu’il y a près de 6 fois plus d’informations sur la culture populaire qu’il y en a sur les sciences et que la majorité des articles ont été rédigés par un nombre restreint de personnes. Selon la théorie critique, une accumulation d’inexactitude et possiblement de fausseté risque de nous plonger, peu à peu, dans une aliénation collective. Ces théoriciens sous-entendraient que le fait que nous retrouvions sur Wikipédia des propos généralistes qui nous donnerait l’impression de connaître un sujet alors qu’en fait celui-ci est beaucoup plus complexe.

Les écoles de pensée critique s’intéresseraient probablement au moyen de production et de diffusion de l’information; le wiki. Comme nous pouvons le lire dans Histoire et théorie de la communication, les théoriciens critiques refuseraient de « prendre pour argent comptant l’idée que, de ses innovations techniques, la démocratie sort nécessairement gagnante ».  Que ce soit avec la radio, la télévision et plus récemment le cinéma, les penseurs critiques souligneraient le fait que les moyens de production, aussi révolutionnaire soient-ils, auront toujours été appréhendés dans des buts de pouvoir et de domination. Étrangement, le 16 septembre 2007, Le Washington Post nommait Wikipédia comme point central de la campagne électorale américaine précisant : « Tapez un nom de candidat sur Google et l'un des premiers résultats est une page de Wikipédia, ce qui rend les visites sans doute aussi importantes que les publicités pour définir un candidat. » L’encyclopédie libre serait-elle devenu un média corrompu?

Ayant pris conscience des résultats d‘études des différentes théories de la communication, les gouvernements ont vite vu avantage à contrôler les médias. Que ce soit avec la radio, la télévision et même le cinéma, les autorités politiques ont toujours su tirer leur épingle du jeu et manipuler à différent niveau les médias de leurs époques. Plusieurs théoriciens de l’école de francfort ont souvent critiqué ce phénomène spécifiant les changements d’opinions provoqués par les médias. Ceux-ci mettent en doute les informations qui nous sont destinées en signalant le contrôle médiatique. Un des exemples le plus éloquent de ce phénomène est la censure que subissent les médias durant les guerres. Présentement, toute l’actualité que nous recevons sur la guerre en Irak a d’abord été validée par l’armée américaine. Avec l’expansion d’internet, un tel filtrage est devenu extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible. Un témoin d’une nouvelle quelconque peut aisément sortir son cellulaire, filmer la scène, écrire et la publier sur internet presque instantanément. Cette notion d’actualité pure et en temps réel promet de jouer un rôle clef durant les années à venir.

La notion de communauté est de plus en plus présente sur le web et avec un nombre toujours croissant de contributeurs, Wikipédia est l’une des communautés virtuelles les plus vivantes. Avec autant d’intervenants, il n’est pas surprenant que Wikipédia possède plus de 265 portails partout autour du globe. Chacun de ces portails a tendance à exprimer les valeurs communes des utilisateurs qui y participent. Par exemple, si on cherche le mot poutine sur le portail québécois, nous sommes beaucoup plus enclins de trouver des informations que si on cherche le même mot sur le portail de l’Asie. Cette réflexion nous amène à penser que l’encyclopédie libre reflète véritablement la société qu’elle représente. Ainsi, on peut aisément comparer le succès de Wikipédia à celui de la télévision québécoise tel que discuté dans le reportage Vie de Famille. La théorie fonctionnaliste explique ce concept par le fait que Wikipédia s’est formé dans le but de répondre à un besoin collectif ; celui d’être informé et d’accroître ses connaissances. Selon cette théorie, Wikipédia devient un véritable bouleversement culturel en permettant à une société de se définir telle qu’elle voudrait l’être.  Puisque qu’en plus de nous donner le sentiment de communion, nous consultons l’encyclopédie presque pour toutes nos questions, les empiriques à l’origine de la théorie décriraient sans doute Wikipédia comme un acteur à part entière de nos vies.

Cette réflexion porte à croire que ce site est une porte ouverte sur un monde d'échange, de connaissance et de convivialité. Le mélange de culture démontre toute la potentialité de se permettre d’avoir d’autres possibilités acquises lors de l’échange de cette culture. Avec cette liberté d’attraction envers les différentes cultures, l’utilisateur à un plus grand sentiment d’appartenance envers cette collectivité, en mettant à profit sa culture et en modifiant lui-même les informations déjà implantées par les autres. Sans cette appartenance, il ne serait pas capable d’aller au-delà de ses paradigmes et c’est avec cette appartenance que l’utilisateur s’enrichit des nouvelles connaissances et qu’il trouve le chemin de l’autonomie. Sans cette faculté, tous les humains agiraient en fonction de leur propre culture, de leur propre paradigme. Le manque de culture ne peut donner l’occasion à l’individu de peser la différence, de s’évader dans un autre monde. La réflexion de Francis Jauréguiberry dans Le moi, le soi et Internet permet de bien le constater lorsqu’il écrit.

Afin de limiter les absurdités dans les articles et de répondre aux nombreuses critiques, la fondation Wikipédia s’est vite permis d’instaurer le concept de modération des différents articles.  L’utilisateur ayant contribué à un domaine d’expertise particulier se trouvera à être nommé par les modérateurs de ce même domaine. En plus de continuer à contribuer activement, ce même modérateur se voit attribuer un rôle bien spécial, celui de vérifier l’exactitude de ce que ces derniers rédigent. La fondation souhaite probablement, derrière cette hiérarchisation des utilisateurs, de reprendre le concept des deux étages de la communication. Avec cette approche empirique, le modérateur est vu comme un être de confiance et comme un leader d’opinion. Quand un article se trouve à être approuvé par un modérateur, son contenu se trouve instantanément plus crédible aux yeux de ses lecteurs. En mettant en relation la confiance que porte une personne à son leader d’opinion ou de l’utilisateur à son modérateur, l’école empirique parle d’influence indirecte. Un des grands théoriciens de cette école, P.Lazarsfeld explique dans The People’s Choice que les médias n’influencent pas la totalité des récepteurs qui y adhèrent, mais bien une petite partie; les Leaders d’opinion.   Si l’article a été rédigé par un utilisateur connaissant le domaine, il est probable que le lecteur accepte le contenu et même d’en être influencé, un peu à la manière du patient qui fait confiance à son médecin lorsqu’il est malade.

Même si Wikipedia est une corrélation entre l’individu et ses besoins ou encore entre le partage et l’information elle-même, il est capable de propulser le message par l’entremise de plusieurs modérateurs qui agissent comme leaders d’opinion. À cet effet, l'une des conséquences des nouveaux médias se fait par l’entremise de cette communauté et le non-contrôle indirect du traitement de l’information. Wikipédia devient un amalgame d'idées incomplètes, inachevées et un lieu de corruption même s’il est aussi perçu comme un environnement de pure richesse et d’enrichissement des connaissances pour tous. C’est par un principe d’amendement que Wikipédia rapproche les cultures et devient une « agora médiatique » internationale tel qu’envisagée par Francis Jauréguiberry.

Avec la possibilité de contrôler soi-même les informations reçues d’autrui, le wiki est devenu l’une des plus grosse communauté sur le web, accumulant plusieurs millions d’usagers à travers le monde. En donnant le choix d’avoir une maîtrise complète du message rendu, ce site permet de transmettre et de regrouper toutes les cultures, mais aussi de pouvoir impliquer sa propre culture parmi une autre différente. D’après René-Jean Ravault, un tel partage représente bien la réception active de deuxième degré et devient le point culminant de l’idéal de la communication. Par contre, il est malheureux de constater que dans bien des cas, l’utilisateur ne fait que modifier les informations déjà instaurées par rapport à ses propres connaissances. Bref, la difficulté d’être pris dans sa culture réside toujours.

D’autre part, la fonction sociale est devenue essentielle avec la mondialisation, le partage des cultures et des connaissances est primordial. Devant une telle situation, Wikipédia réussit encore à soutirer des conséquences positives de cette théorie, car il permet à tous de connaître la culture de son voisin, de mélanger ses connaissances, de s’impliquer de façon virtuelle dans différentes cultures et d’adapter un subtil espionnage culturel. En effet, les médias libres répondent à des besoins fondamentaux et universels, dont celui de la liberté et de l’autonomie. D’un autre côté, le fait de fonder un esprit de nationalisme peut désavantager les médias libres, car la mise en contexte de plusieurs cultures dépeint une idéologie extrapolée, dépersonnalisée, massive et sans orientation.

Les médias libres permettent dans le processus de sélectivité, de pouvoir communiquer avec les informations inscrites, mais comment savoir si cette information est valide. Nous avons aucune idée de ce que nous lisons. Dans ce cas, il est normal lors du processus de se fier à nos propres connaissances, de se faire sa propre interprétation. Ainsi, je peux compléter et enrichir les informations déjà présentes, mais je peux aussi détruire ce qui à été fait parce qu’individuellement parlant j’ai n’ai pas la même conception de cette idéologie. Bref, il n’y a pas de certitude de ce que nous lisons. Les fonctionnalistes ont aussi compris que les médias ont des effets limités, que Wikipédia à des effets restreint sur les gens.

Après avoir fait un survol des trois théories, nous sommes parvenues à la conclusion que l’approche Empirique était la plus pertinente. Nous avons défini Wikipédia comme un média social utilisé par des utilisateurs de partout sur la planète afin d’accroître leurs connaissances. Comme les théoriciens Empiriques, nous avons constaté que le modèle de production n’était pas aussi pertinent pour notre étude que l’usage qu’en font les utilisateurs. En d’autres mots, nous n’attribuons pas la réussite de Wikipédia à un seul et même individu, mais bien à ce que les utilisateurs en ont fait. Puisque chaque personne est susceptible d’écrire un texte et que celui-ci soit modifié par une autre personne, nous sommes forcés de penser notre contribution dans un cadre collectif ayant une fonction sociale. Collaborer à l’écriture d’un article sur de la poutine contribue à augmenter la connaissance de la communauté sur ce sujet.

En se basant sur les études empiriques, nous croyons que l’effort mis dans l’encyclopédie libre va permettre aux médias de s’émanciper. En étant plusieurs à participer à ce projet, nous nous débarrassons de la tutelle du « gate-keeper », ce fameux sélectionneur qui « filtre les informations » comme l’observe David Manning dans sons étude sur la sélection des nouvelles.

Bien que nous soyons d’accord avec les théoriciens critique sur le fait que Wikipédia est plus généraliste qu’une encyclopédie farouchement éditée tel  « l’Encyclopédie Universalis », nous voyons ce concept plutôt comme étant un avantage. Comme nous pouvons le constater dans l’émission chasseur d’idée, un média généraliste contribue à lier des personnes n’ayant aucun lien ensemble, créant une communauté riche et diversifiée. Étant de plus en plus conscient de la censure qu’était victime les médias, plusieurs ont cherché, avec la venue de l’internet, une libération. Nous pouvons lire dans le texte de Francis Jauréguiberry qu’il est en effet possible de fuir, via internet, vers des ailleurs. D’autre part, nous croyons que l’approche des modérateurs est un bon compromis entre la liberté d’expression et le contrôle établi par les créateurs.

D’autre part, le déploiement de la culture nous donne la possibilité de posséder un certain pouvoir sur nous-même, c’est-à-dire qu’il nous donne la faculté d’avoir un sentiment d’appartenance tout en étant conscients de nos propres aptitudes. Ainsi, Wikipédia est la réponse à un besoin empirique qui est de laisser libres les canaux d’expression et de communication.

Nous croyons quand même que ce sentiment de communion reste dangereux, car il laisse présager plusieurs erreurs d’interprétation, si on prend en exemple le premier modèle de Claude Shannon, il est clair que le récepteur reçoit clairement ce que l’émetteur transmet, mais lorsqu’on prend une approche plus critique ou fonctionnaliste, le message ne peut être identique, d’un côté il est contrôlé et de l’autre il est limité. De plus, il est apparent que la transmission de l’information ne se fasse pas correctement à cause de l’interprétation. Le fait de donner le droit de modification à n’importe qui, ne nous permet pas de savoir si ce qui est transmis est véridique ou non, il faut se fier à nos propres connaissances. Wikipédia corrige ce problème à l’aide des différents modérateurs, mais comment savoir si ces administrateurs sont aptes à modifier et juger les différences informations apportées dans un domaine précis.

Nous avons pu constater lors de notre étude sur Wikipédia que même si les théories sont différentes, une nous démontre l’aspect marchandise du traitement de l’information et l’autre comme une tradition culturelle qui est créé par une dépendance à des besoins communs comme le divertissement et l’enrichissement des connaissances. Bref, peu importe le moyen emprunté, le résultat est le même, il s’agit de transmettre un message. À la base, toute cette élaboration ne tient qu’à l’individualisme. L’individu est le point de départ du message et il est la fin, car c’est lui qui interprète. C’est l’individu même, par ses propres aptitudes de compréhension, qui définit la nature propre de la communication.  Finalement, en considérant Internet comme l’apogée des communications, c’est à se demander comment une nouvelle technologie pourra aller au-delà des caractéristiques et des effets qu’internet procure.

- Jacques Veronneau, Chasseur d'idée
- Armand et Michèle Mettelart, Histoire des théories de la communication, Édition la découverte, p.40
- Jose Antonio Vargas, On Wikipedia, Debating 2008 Hopefuls' Every Facet, The Washington Post (19-09-2007)
- Vie de famille, État-Unis, 1989
- Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, Les empiriques et les critiques
- Francis Jauréguiberry, Les nouveaux repères de l'identité collective en Europe : Le moi, le soi et Internet
- David Manning Wite, The "Gate-Keeper" le sélectionneur : étude sur la sélection des nouvelles P.204

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